Je crée des contenus depuis 2004, j’ai toujours procédé de la même façon. J’ai une idée, quelque chose m’interpelle, me fait réfléchir. J’explore, je découvre, je prends des notes. Quand j’ai terminé, je crée un contenu pour un de mes blogs, auparavant mon blog sur l’ECM et le BPM, désormais Nikon Passion ou ce blog. Je m’efforce de structurer ces articles du mieux que je le peux, et de les rendre agréables à lire.
2022, l’arrivée de l’IA et une problématique simple : continuer à exister
Depuis que l’IA générative (LLM) est arrivée, fin 2022 pour ChatGPT, la création de contenu s’est transformée. On voit bien que la plupart des contenus actuels sont soit directement générés par l’IA, soit l’IA a mis son nez dans cette création.
Aujourd’hui, si j’en crois plusieurs études récentes, plus de 50 % des contenus sur le Web, que ce soit des articles de blog, des vidéos YouTube ou des posts sur les réseaux sociaux, sont générés par l’IA. Il devient de plus en plus difficile d’y échapper, voire même de faire la différence entre un contenu authentique et un contenu IA.
Pour un blogueur de longue haleine comme moi, la problématique est la suivante : les moteurs de recherche ne m’envoient plus autant de visiteurs, aussi je dois produire toujours plus « pour l’IA » pour rester visible. C’est un cercle vicieux : plus je crée de contenu de façon traditionnelle, plus ça me prend du temps, moins ils sont vus, plus ça devient ingérable au quotidien.

Première étape : du fond à la forme
Quand j’ai découvert ChatGPT fin 2022, j’ai commencé à l’utiliser pour des choses simples comme corriger l’orthographe, les coquilles, les tournures de phrases. Je lui ai aussi demandé de me dire comment donner plus de profondeur à mes articles. Dans un premier temps, cela m’a aidé. Mais les réponses se sont très vite révélées inconsistantes pour me permettre de dire « Voilà ce que je peux faire avec l’IA maintenant de façon certaine ».
La seule vraie qualité de l’intelligence artificielle est d’être inconsistante dans ses résultats.
Il me fallait trouver un autre angle d’approche. J’étais toujours capable de créer des contenus, mais si je le faisais trop souvent avec l’assistance de l’IA, je risquais de perdre en compétence. Assez vite, quand on ne fait plus aussi souvent par soi-même, on perd sa capacité à produire aussi bien, aussi vite et de façon aussi authentique. C’est le piège de l’IA tel que je l’ai perçu alors.
Il est évident que l’IA générative peut faire gagner du temps. Je suis comme vous, je manque toujours de temps pour faire tout ce que j’ai planifié. Alors j’ai mis en œuvre une autre démarche consistant non plus à me faire assister par l’IA pour créer, mais à lui dire : « Voilà ce que je veux faire, ce que j’ai déjà fait, mes notes préliminaires pour le contenu. Dis-moi comment je peux améliorer ça, mais ne le fais pas à ma place, contente-toi de me donner des pistes d’amélioration« .
À ce stade, il n’était plus question de génération de contenu mais de pertinence. Auparavant, lorsque je disais « qu’est-ce que je peux ajouter pour donner plus de profondeur à mes sujets« , l’IA me proposait du contenu. Désormais, ce que je lui demande, n’est pas de me proposer du contenu, mais une plus grande pertinence de mes textes. Il peut s’agir d’une meilleure façon d’écrire, plus limpide, plus claire, plus scannable. Ce n’est pas le fond qui est en jeu, c’est la forme. Et ça me plaît mieux parce que le fond, c’est toujours moi, ce sont toujours mes idées.
Deuxième étape : de l’écriture instinctive à la structuration
Lorsque j’écris, je le fais de façon instinctive : j’écris en suivant le fil de mes pensées, sans tenir compte du fait que mon texte peut partir dans tous les sens. Cette forme d’écriture m’est essentielle, elle me permet de dire tout ce que j’ai en tête, sans être contraint par un fil conducteur trop strict.
J’ai adopté une méthode hybride : je tape au kilomètre sur mon clavier, ou dicte une note audio sur l’iPhone, ou je couche sur le papier mes idées. Je demande ensuite à l’IA d’analyser ce que j’ai produit, en ne considérant que l’idée initiale ; elle est évidente puisqu’elle m’a servi de déclencheur. L’IA doit alors me proposer le moyen le plus efficace d’optimiser mon contenu pour qu’il soit compréhensible, pertinent, et – surtout – qu’il réponde à la problématique initiale.
Quand je dis « couché sur le papier », je pense à l’IA aussi. Elle me sert à transcrire mes brouillons manuscrits (et audios) en une version numérique. C’est une fonction appréciable qui m’a permis de reprendre l’écriture manuscrite que j’avais délaissée au profit du clavier. Maintenant, j’apprécie de pouvoir utiliser à nouveau un stylo, puis de demander à l’IA de retranscrire très vite au format numérique ce que j’ai écrit.
Bien qu’efficace, cette seconde approche ne m’a toutefois pas suffi. J’ai alors mis en oeuvre une troisième approche, hybride.
Troisième étape : vers la fin des créateurs de contenu ?
À la rentrée de septembre 2025, la conclusion est sans appel : il n’était plus possible de mettre en avant des contenus s’ils n’étaient pas utilisables par l’IA d’une manière ou d’une autre.
Ce que je nomme ‘contenu utilisable’ est un contenu structuré de telle façon que les IA génératives soient capables de l’utiliser. C’est d’autant plus vrai en ce début d’année 2026, la bascule est faite, l’utilisation des IA est mainstream, les recherches Google traditionnelles sont en chute libre. Lorsqu’on utilise ChatGPT, Claude, Mistral et autres Perplexity, on reçoit une réponse mise en forme par l’IA, et on va rarement consulter les sources citées par l’IA. De même, on utilise de moins en moins la recherche Google qui donnait un accès direct aux sites sources. L’IA compose une réponse basée sur les contenus qu’elle a indexés, créés par des gens comme moi. Pour avoir une chance de voir ces contenus indexés, il faut donner à l’IA ce qu’elle attend : des données structurées.
C’est ce qui pose problème, car cela consisterait pour moi à revenir au stade initial en me disant « Ce n’est pas la peine que je me casse la tête à écrire avec ma façon à moi de le faire, puisque l’IA peut le faire à ma place et qu’en plus elle va le faire à sa façon, qui lui servira plus que ce j’aurais fait« . Le piège est évident, c’est de dire à l’IA : « écoute, puisque tu sais ce que tu veux sur cette idée-là, écris-le, comme ça, ce sera plus simple« .
Cela ne me convient évidemment pas du tout, puisque ça voudrait dire que je sous-traite tous mes contenus à l’IA, et que je n’en suis plus l’auteur. Ce n’est pas envisageable, tout simplement.
Néanmoins, j’ai bien conscience que c’est le sens que prennent beaucoup de créateurs de contenus désormais, qui se contentent d’écrire des prompts, et laissent l’IA travailler à leur place.
Je m’y refuse, tout en ayant conscience que si je continue à produire mes contenus tel que je l’ai fait jusqu’en 2025, ils ne seront plus mis en avant par les IA, comme par Google, qui a déjà basculé dans l’IA générative avec Gemini.
Alors que faire ?
Quatrième étape : l’hybridation de contenu
En réaction à ce que je décris plus haut, j’ai commencé à mettre en œuvre la quatrième étape de mon processus : considérer que chacun de mes contenus doit comporter deux composantes.
La première composante est un contenu personnel, authentique, dans lequel je partage mes idées, avec mon style. Je peux continuer à demander à l’IA de m’assister pour gagner en lisibilité. L’IA ne doit toutefois, en aucun cas, produire le texte à ma place.
La seconde composante, c’est la production de ce dont l’IA a besoin pour utiliser mes contenus et les valoriser. Il s’agit donc me dire ce que je dois ajouter à mes articles pour qu’ils soient mieux pris en compte. Ainsi, en tant que créateur de contenu, j’ai une chance de pouvoir montrer ma pertinence et ma compétence.
Concrètement, comment je fais ? Je demande à l’IA de me dire quelles sont les données dont elle a besoin (texte ou métadonnées), puis je les ajoute à mes contenus. Cela revient à créer le contenu par moi-même, puis à lui ajouter des blocs identifiables par les IA, dont les humains n’ont que faire, mais qui ne perturbent pas la consultation.
Les articles récents sur Nikon Passion sont structurés ainsi : le cœur de l’article, 90 % de contenu utile et pertinent, c’est le contenu authentique que j’ai rédigé. L’habillage, des blocs de réponses rapides, de résumé, de FAQ (les questions fréquemment posées), sont ceux qui alimentent en priorité les IA.
Attention : je ne suis pas dupe. Je sais très bien que cela ne suffira pas à réduire à zéro l’impact de l’IA sur mes contenus. C’est aussi pour cette raison que je continue à publier des articles sans habillage IA, car j’ai encore (quand même !) des lecteurs qui viennent d’eux-mêmes lire ce que je publie. L’hybridation va jusque là.
Maintenant, qu’attendre de 2026 ?
Vers une cinquième étape ?
Etat actuel de l’expérimentation
Mon approche reste très expérimentale encore. Les comportements des IA ne sont pas stabilisés. Le mien non plus. Ce que je décris ici est valable en ce début d’année 2026. En tant que créateur de contenu, je me devais de réagir, je l’ai fait. Je sais cependant que ce n’est qu’une étape vers quelque chose d’autre qui n’est pas défini encore.
Alors, l’intelligence artificielle et la création de contenu, un mal pour un bien ?
La situation est simple : les créateurs de contenu n’ont pas le choix. L’IA est là pour durer. Soit nous sortons du système, soit nous faisons avec. Et comme je n’ai pas prévu de sortir du système tout de suite, je fais avec.
Puisque l’IA est là pour durer, autant l’utiliser. Dans mon cas, il s’agit de continuer à travailler à la qualité et l’authenticité de mes articles, comme si j’avais un assistant en écriture. Je demande à l’IA de jouer ce rôle.
Ceci soulève une question essentielle : l’IA est-elle capable de jouer ce rôle sur la durée, ou bien ce qu’elle va me proposer sera biaisé parce que c’est bon pour l’IA plus que pour moi ?
L’IA en tant que créateur de contenu : perspectives 2026
Aujourd’hui, en fin janvier 2026, c’est le point de vigilance principal pour moi afin de ne pas tomber dans ce piège.
D’ici la fin de l’année, j’aurai probablement lancé une cinquième et une sixième phase de mon processus de création de contenu avec le support de l’IA. Et non « par l’IA ».
Suis d’accord avec Fabrice quant à la qualité de votre réflexion sur l’apport et les limites de l’IA. Les sujet, les contenus que vous traitez sont toujours « personnels », on reconnait toujours votre style, mais leur structure a changé en mieux.
Merci. Depuis la publication de l’article j’ai encore affiné mon processus d’écriture. Ça commence à devenir très intéressant de travailler avec l’IA sans qu’elle me remplace.
Réflexions très intéressantes, et je comprends mieux la nouvelle structure de tes articles sur NikonPassion, ce qui me va bien d’ailleurs en tant que lecteur