Tout est parti d’une série de photos, faite en Meuse, en hiver, il y a dix ans. Des photos sombres, denses, au traitement appuyé. Des photos faites à l’iPhone avec Hipstamatic.
Ce jour-là, je voulais montrer ce que j’avais ressenti pendant cette courte balade en plein campagne : le froid de l’hiver meusien, le peu de lumière naturelle, la beauté de la nature gelée. Cette atmosphère m’avait embarqué.
Je ne sais pas pourquoi mais je ne les avais jamais montrées. Alors que je venais de les utiliser dans un autre cadre, j’ai profité de l’occasion pour les trier, choisir sept images dans le lot et les partager sur Instagram.
J’ai juste pris soin de mettre celle qui me touchait le plus en premier, et de finir par celle qui boucle la boucle. Rien de plus. Un flop probable, comme c’est désormais le cas sur Instagram chaque fois que je poste quelque chose. L’histogramme, les principes que je ne respecte jamais, le ceci et le cela…
Cette série de photos a intéressé quelques abonnés, qui m’ont laissé des commentaires et ont eu le courage de presser sur le bouton « Like ». Merci à eux. J’ai répondu, puis je suis bien vite passé à autre chose.
Quelques heures plus tard, alors que j’avais presque oublié avoir posté ces photos, il s’était toutefois passé quelque chose.
Les commentaires tombaient, les « Like » aussi, et le nombre de vues augmentait. « Encore un coup de l’algorithme », me suis-je dit. C’est la vie sur Instagram, il faut faire avec, et comme je me contrefous de tout ça, je n’y prête plus attention.
Mais quand même, quelque chose m’interpellait. Alors je me suis intéressé aux statistiques Instagram après mise en ligne :
- Photos mises en ligne le 16/01 à 10h30, données analytiques du 18/01 à 17h30
- Vues : 3 145
- Mentions « J’aime » : 408
- Commentaires : 41
- Republications : 1
- Enregistrements : 0
- Répartition des « J’aime » par image du carrousel : 313 / 12 / 11 / 9 / 9 / 5 / 49
La première conclusion, c’est que les gens ne regardaient pas toutes les photos.
Le carrousel, dont l’usage est recommandé par Instagram, ne sert pas à grand chose si vous cherchez uniquement de la visibilité. Seule la première photo semble compter.
C’est aussi révélateur de l’attention que les autres portent à vos images : s’ils ne vont pas plus loin que la première, c’est qu’ils ont pensé ne pas être intéressés par ce que vous publiez, sans avoir pris le temps de tout regarder. C’est comme ça, plus personne ne prend le temps de regarder avec attention.
Toutefois, pourquoi ces photos, intéressantes, mais quand même assez classiques, et en aucun cas dans l’air du temps, attiraient-elles du monde ? était-ce un véritable intérêt pour mes photos, ou un effet du système ? l’attrait venait-il du format carré et de l’esthétique noir et blanc vintage ?
J’ai cherché à comprendre.
Je me désintéresse totalement du fait que quelques centaines de personnes, ou de robots, aiment ces photos. Je suis heureux pour les vraies personnes si elles leur plaisent – je suis quand même photographe – mais c’est le processus qui m’intéressait.
Mon approche stoïcienne me pousse à délaisser ce que je ne peux pas contrôler pour m’intéresser à ce sur quoi je peux avoir un impact.
Si c’est le système qui met ainsi mes photos en avant, je n’y peux rien. Je n’ai aucune influence sur Instagram, et je me moque d’en avoir une.
Si ce sont mes photos qui ont un impact, alors c’est différent. Cela signifie qu’elles ont touché quelqu’un. C’est de l’humain, pas de la technique.
L’humain, je sais le repérer selon les commentaires. La technique, aussi : les commentaires génériques sont la plupart du temps postés par des robots.
Ces photos, publiées dix ans après les avoir faites, correspondraient-elles à une esthétique recherchée désormais alors que les photos actuelles, trop parfaites, laissent penser à des images créées avec l’IA ?
C’est là que réside le principal problème d’Instagram, et des réseaux sociaux en général : vous ne pouvez pas savoir.
Rien, absolument rien dans tout ça, ne me disait si mes photos étaient appréciées pour ce qu’elles montraient, ou simplement soumises à des automatismes qui les valorisaient sans même savoir de quoi il s’agissait.
J’ai 7 700 abonnés sur Instagram. De ce que je comprends, 90 % sont dormants, ou ont disparu à jamais. C’est la réalité des réseaux : votre audience réelle n’est en rien représentée par les compteurs du réseau. Les 400 personnes ayant réagi, censées apprécier mes photos, ne représentent que 5 % de mon audience théorique. Autant dire rien.
Mais j’ai constaté autre chose.
Au fil des heures, les commentaires et les nouveaux abonnés venaient de non abonnés, de gens qui me sont inconnus. Pas mes lecteurs, ils sont francophones, or ces derniers commentaires venaient de comptes étrangers.
Pourquoi ? Comment ces gens ont-ils pu voir passer mes photos et, surtout, éprouver l’envie de les aimer ? était-ce une mise en avant par Instagram dans la vue « Explore » ? L’ajout du tag Hipstamatic désignant le traitement des images ?
Impossible de savoir.
Mais c’était quand même l’illogisme poussé à son plus haut point : mes abonnés réagissaient très peu, tandis que des non-abonnés commençaient à réagir bien davantage. Au moment où j’écris ce billet, je n’ai toujours pas la réponse.
Que faut-il comprendre de tout ça ?
Montrer ses photos est une démarche essentielle pour les photographes. C’est finir le travail entamé à la prise de vue. C’est donner vie à ses images.
S’attendre à des retours pertinents lorsqu’on partage est ce que la plupart des photographes attendent. Des réactions, des encouragements, des critiques, peu importe, mais quelque chose.
Partager des photos sur les réseaux comme Instagram pour obtenir les réactions attendues n’est pas une pratique fiable.
Vous ne pouvez attendre aucun comportement logique d’un système basé sur des règles de fonctionnement que vous ne connaissez pas, qui ne sont pas dévoilées.
Si vous les connaissiez, et si vous acceptiez de jouer le jeu, vous sauriez mettre en œuvre un comportement pertinent.
Sans connaître les véritables règles, et non celles que vous décrivent les gourous d’Instagram (certains vendant même des méthodes qui vous garantissent le succès), vous ne pouvez rien conclure.
Retenez simplement ceci : aucun résultat, aucune réaction, aucune métrique n’aura de sens lorsque vous regarderez les chiffres associés à vos publications, quelques heures ou quelques jours plus tard.
Absolument rien ne peut justifier que mes photos aient connu ce succès, si toutefois c’en est un. Si je les avais soumises à un jury de curateurs professionnels, elles n’auraient pas passé le cap de la première sélection. Et c’est normal : elles n’ont rien d’exceptionnel.
Je ne tire aucun autre enseignement de cette expérience que le fait de continuer à partager ce que j’ai envie de partager. Quand j’en ai envie. Comme j’en ai envie. Des photos intéressantes, bonnes, belles, quelconques, lumineuses ou sombres, nettes ou floues, peu m’importe. Je continuerai comme je l’ai toujours fait, à partager des photos authentiques.
Authentiques au sens où j’ai mis du mien dans l’approche du sujet, dans la prise de vue, dans la finalisation de l’apparence. Authentiques au sens où je ne cherche pas à tricher, à jouer le jeu du système.
Faire l’inverse serait me trahir. Ce serait accepter que les chiffres comptent plus que l’intention.
Jouer le jeu du système favoriserait le système, mais je n’ai pas besoin du système et il n’a pas besoin de moi.
Aucun système, si pertinent soit-il, qui ne me laisse aucun contrôle sur ce que je fais, ne m’attire. Les réseaux sociaux ne sont pas des systèmes qui m’attirent.
Mais alors, pourquoi continuer à utiliser Instagram ?
Parce que je suis plus intéressé par l’analyse des statistiques Instagram et du système que par la visibilité qu’il procure. C’est mon second métier.
Parce que j’expérimente, j’explore, je cherche à comprendre. C’est ma démarche depuis toujours.
Parce que c’est mon carnet de contacts et une de mes messageries professionnelles.
Parce qu’il faut savoir dire ce que l’on constate, pour que celles et ceux qui ne se posent pas la question, ou ne savent pas se la poser dans ces termes, puissent y réfléchir, eux aussi.
Bonjour
Je n’ai jamais voulu m’inscrire sur Instangram par manque de confiance de l’avenir et l’utilisation de mes posts.Déjà sur fb je ne publie plus rien de personnel mais suis ou réponds aux posts de connaissances.J’ai l’impression d’être sous contrôle et ça me déplait fortement,alors autant ne pas publier.
Publier est une chose, participer une autre. Le simple fait de lire les messages, sur Facebook comme Instagram, t’as déjà catalogué. Ton profil dit tout de toi. A titre personnel j’ai quitté Facebook depuis des années. Instagram n’est pas parfait mais il y a bien moins de haineux et d’aigris que sur Facebook.
Bonjour Jean Christophe
Je ne suis pas vraiment étonné , voilà 5 ans que je ne poste plus de photos sur un site où j’étais abonné et depuis quelques temps, je reçois des commentaires sur d’anciens posts (?)
Explications : inconnues aussi !