Vous utilisez des logiciels tous les jours, mais les avez-vous choisis ?

Fut un temps où le choix des logiciels était simple. Vous vouliez créer un document ? Vous installiez un traitement de texte. Il n’y en avait qu’un, voire deux, utilisés par tout le monde. Vous vouliez faire des calculs ? Vous installiez un tableur. Vous vouliez endormir une assemblée pendant une présentation ? Vous installiez PowerPoint. Pas vraiment le choix. Ou en tout cas, pas comme aujourd’hui.

Mais ce monde-là est révolu.

Lancia - Salon Rétromobile - photo (C) JC Dichant pour illustrer un article sur le choix des logiciels
Lancia – Salon Rétromobile – photo (C) JC Dichant

L’enfermement dans des écosystèmes fermés

Microsoft, Apple, Google et consorts n’ont eu de cesse de proposer des offres logicielles plus riches, plus complètes, plus complexes, plus lourdes à mettre en œuvre. Ils se sont ainsi assurés des revenus récurrents, puisque ces offres utilisent des formats propriétaires. Comme vous les pensez indispensables pour continuer à accéder à vos documents, vous souscrivez aux mises à jour ou abonnements.

L’arrivée de Google Docs et de services équivalents a aussi constitué un pavé dans la mare, puisque ces outils étaient gratuits. Le grand public n’a pas forcément perçu que le prix réel était la cession sans limite de ses données personnelles, dès la création du compte, ainsi que de toutes les informations saisies dans ces outils.

Le cas emblématique des navigateurs web

Je prends pour exemple les navigateurs web. Pendant plusieurs décennies, Microsoft a cherché à imposer son navigateur Internet Explorer. Rebaptisé Edge, il est toujours aussi lourd, peu respectueux des standards et impossible à désinstaller car complètement intégré à Windows.

Pendant ce temps-là, Apple verrouillait ses clients avec Safari. Mozilla s’efforçait de faire évoluer un Firefox vieillissant, face à la montée en puissance du rouleau compresseur Google Chrome. Ce dernier a pris tellement d’importance qu’il est devenu le navigateur le plus utilisé dans le monde, loin devant ses concurrents (source : similarweb).

Mais ça c’était avant.

C’était avant que se généralisent l’usage de nouveaux navigateurs, basés soit sur le moteur (libre) Chromium – celui de Google Chrome, mais débarrassés de tout ce que Google y ajoute – soit sur le moteur Gecko, celui de Firefox, tout aussi libre que le navigateur de la fondation Mozilla.

Peu à peu, nous sommes donc passés d’un monde où il n’y avait que deux ou trois navigateurs standards à une situation récente où chacun adopte son propre navigateur. À tel point que je ne suis même plus capable de dire combien il en existe aujourd’hui : au minimum une douzaine selon Wikipedia.

Moi qui ai toujours utilisé un unique navigateur (Firefox puis Chrome), puis un second avec Safari en faisant mes premiers pas dans le monde Apple, j’en suis arrivé à en utiliser quatre au quotidien. Selon mes besoins, il s’agit de Brave sur Windows et macOS pour accéder à mes extensions professionnelles, DuckDuckGo pour mes recherches masquées, Safari sur iOS et macOS, et Firefox en parallèle de tout ça, par habitude.

Pourquoi autant de navigateurs ? Parce qu’avec cette arrivée massive de nouveaux produits, je teste. C’est là que réside le problème : je passe plus de temps à tester, adapter, valider qu’à créer – ce qui va à l’encontre du principe même de création. Un navigateur doit servir à faire quelque chose. Il ne doit pas devenir le cœur de votre activité. Alors pourquoi suis-je en train de passer autant de temps à tester différents navigateurs ? Je pourrais dire la même chose des suites bureautiques ou des logiciels de messagerie électronique, alors que mon besoin initial est simplement de créer des contenus et de les faire connaître.

Une tendance de fond qui s’affirme

Le grand public a commencé à s’interroger lorsque les logiciels sont passés d’une licence perpétuelle à un modèle par abonnement. En effet, pourquoi faudrait-il payer un abonnement pour utiliser une suite bureautique dont, tout bien réfléchi, nous n’utilisons qu’un dixième à peine des fonctions ? Une version perpétuelle, même plusieurs années plus tard, suffit largement pour écrire une simple lettre.

Les acteurs alternatifs du monde numérique ont su saisir la balle au bond. De nouvelles offres apparaissent chaque mois, qu’il s’agisse de logiciels bureautiques, de logiciels d’écriture basés sur le format markdown, de services de messageries simplifiés … ou de logiciels libres.

En toile de fond, une tendance a commencé à poindre au début des années 2020, et je la vois s’accentuer ces derniers mois. Agitation aux États-Unis, poids des GAFAM, importance accordée désormais à la protection des données personnelles… tout cela fait réfléchir, même le grand public.

Reprendre la main sur ses outils

Que penser de tout ça ?

Premièrement, que nous sommes à la croisée des chemins : entre un ancien monde – plateformes propriétaires, logiciels lourds, complexes et coûteux – et un nouveau monde – offres légères, simples, peu coûteuses, voire libres.

La difficulté est déjà d’en prendre conscience. Et ensuite, de savoir quel choix de logiciels faire. Tant que nos logiciels essentiels seront intégrés nativement dans le système d’exploitation – comme Microsoft Office et le navigateur Microsoft dans Windows, ou la suite bureautique Apple et Safari dans macOS – pourquoi un utilisateur lambda irait-il chercher ailleurs ?

Il faut d’abord prendre conscience qu’il existe des alternatives plus simples, moins envahissantes, moins coûteuses. j’en parlais lorsque j’ai changé de logiciel de prise de notes.

Il est donc temps de comprendre que nous pouvons reprendre la main sur les outils que nous utilisons. Après tout, lorsque vous achetez une paire de pinces, vous la choisissez en toute connaissance de cause, ou bien vous demandez conseil à un expert dans un magasin spécialisé. Alors pourquoi ne faites-vous pas la même chose quand vous choisissez un logiciel ?

Le pot de terre peut encore gagner

Ce qu’il faut penser de tout cela, c’est aussi que le nouveau monde prendra probablement le pas. Du moins, je l’espère. Car les GAFAM sont loin d’être morts, leur puissance financière reste considérable, et les petits éditeurs ont bien du souci à se faire face à cette armée.

Ce combat pourrait pourtant tourner à leur avantage – à condition d’en prendre conscience et d’agir.

Vous avez trois courriers à écrire dans l’année ? Pourquoi installer une suite bureautique – même libre, comme LibreOffice ? Il suffit d’ouvrir un simple éditeur de texte, d’utiliser la syntaxe Markdown (qui s’apprend en trente minutes à peine), et de rédiger votre courrier dans un format simple, portable, minimaliste, qui occupe peu d’espace sur votre disque dur.

Je pourrais citer bien d’autres exemples, tous allant dans le sens du minimalisme numérique. Certains parlent d’écologie numérique. Au final, ce billet n’a qu’un but : vous pousser à réfléchir à vos pratiques, à vos choix. À la manière dont vous utilisez les logiciels.

Choix des logiciels : construire un futur numérique choisi

J’utilise plusieurs logiciels et services payants, sous licence perpétuelle ou par abonnement, et je ne les changerai pas, car ils me rendent le service attendu, avec le support associé. Je ne dis pas qu’il faut faire table rase, tout supprimer et repartir de zéro. Il faut poser la question des alternatives possibles, en gardant en tête que ce n’est pas qu’une question de coût.

Ce nouveau monde du logiciel, chacun doit le construire. C’est à chacun de se l’approprier. Je ne suis pas dupe : Microsoft et les autres ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Mais imaginez un instant : si plus personne n’utilisait leurs logiciels imposés, je suis prêt à parier qu’une alternative bien plus souple, légère, minimaliste et moins coûteuse ferait très vite son apparition.

Alors maintenant, je vous pose la question : que pensez-vous de tout cela ? Et quelles mesures avez-vous déjà prises pour choisir votre vie numérique ?

3 réflexions au sujet de “Vous utilisez des logiciels tous les jours, mais les avez-vous choisis ?”

  1. Bonjour
    C’est difficile de choisir quand on ne connait pas.Je teste encore Todoist,mais n’en suis pas satisfaite car faire un résumé des tâches à accomplir chaque jour ne m’aide pas beaucoup.Les tâches importantes,j’essaie de les faire au jour le jour,sinon mon agenda écrit me suffit.
    En plus ,dès qu’on a pris un logiciel,peu après il est proposé payant.
    Je suis donc dubitative

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    • C’est précisément ce que je dis dans l’article. Si ton besoin n’est pas bien identifié, inutile de tester pour tester.
      Todoist est utile pour gérer ses journées si l’on a envie et besoin de les gérer. Les tâches redondantes me sont essentielles par exemple, pour me rappeler ce que j’ai à faire chaque jour/semaine/mois/année…

      Je comprends aussi que tu n’es pas forcément la personne la plus attirée par tout ça, non ?

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  2. Bonjour Jean-Christophe,
    Sais-tu que je me trouvais un peu à la traîne de toutes les offres possibles et encore méconnues. En fonction, du peu de besoin et de leur simplicité d’utilisation, j’en suis tjrs restée à Safari, texÉdit … Et après avoir lu et fait réaliser que je n’ai effectivement pas besoin d’autres logiciels, je continuerai ainsi. Merci de tes réflexions et à l’avenir je saurai quoi répondre quand on me dira: « Ah! tu connais pas tel logiciel ?… » Merci pour ta réflexion …

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