C’est trop complexe… ou quand l’illettrisme numérique devient la norme

Chaque fois que je leur parle de services web, d’applications, de plateformes, beaucoup de mes lecteurs me disent « c’est trop complexe pour moi ». Mais ce constat ne cache-t-il pas un problème plus profond ? Le vrai problème de la technologie actuelle ?

Assemblage de motifs urbains sur un panneau de bois.
C’est trop complexe, quand l’illettrisme numérique devient la norme.
Photo (C) JC Dichant

En matière de web, d’informatique, de plateformes, comme dans tous les domaines, il est nécessaire d’accepter qu’il y ait un apprentissage. Tout le monde peut le faire. Si vous ne cherchez pas à comprendre comment le web et les services associés fonctionnent, quels sont leurs principes fondateurs, alors vous ne pouvez pas vous les approprier au mieux.

Comprendre le web demande un apprentissage

Le vrai problème n’est pas le refus d’apprendre. Le vrai problème, c’est que rien n’est fait pour vous faciliter la vie, surtout depuis l’apparition des plateformes. Leur seul but est de vous pousser à consommer de l’information, sans jamais vous permettre de comprendre comment elle vous parvient.

Bien que j’aie déjà un âge avancé, j’ai découvert l’informatique et le web par la pratique : lire, fouiller, chercher, tester, échouer, recommencer. Si je ne code plus mes sites web et n’utilise plus mes ordinateurs avec des lignes de commande depuis longtemps, je l’ai fait à une époque où c’était la seule façon de procéder, d’exister en ligne. Je ne consulte toujours pas mes sources préférées sur les réseaux mais dans mon lecteur de flux RSS.

Désormais la raison d’être des plateformes et de bon nombre de services web est de transformer les utilisateurs en consommateurs passifs, incapables de faire l’effort nécessaire pour comprendre ce qu’ils font et la nature de leurs usages. Incapables, surtout, de faire l’effort d’aller chercher ce qui les intéresse.

Les plateformes vous enferment dans la passivité

L’internet actuel a généré une forme d’illettrisme numérique.

Sous couvert de tout nous mettre à disposition, gratuitement, en quelques clics, il nous prive volontairement de la capacité d’apprentissage pourtant nécessaire pour utiliser au mieux n’importe quel outil.

Le message est clair : si tout n’est pas livré directement à l’utilisateur final, alors cela n’existe pas.

C’est ce principe qui fait que vous pouvez passer la journée sur les réseaux propriétaires ou des sites d’information ne respectant aucune des règles du journalisme sans jamais réaliser que d’autres vérités existent, que d’autres intervenants expriment des avis contraires.

C’est aussi ce qui fait que l’on vous pousse chaque jour les mêmes sujets tendance pour que vous finissiez par vous dire que c’est ce que tout le monde pense.

Pourquoi la technologie semble-t-elle si compliquée ?

La technologie s’est complexifiée ces dernières années. Même l’e-mail, le service le plus simple à utiliser, le plus ancien, nécessite désormais une compétence avancée.

Vous devez savoir filtrer les messages entrants, protéger votre adresse, utiliser des services de partage de fichiers plutôt que d’envoyer de lourdes pièces jointes, identifier les vraies informations des fausses rumeurs propagées par vos proches qui, bien souvent, ne savent même pas qu’ils les diffusent.

La technologie s’est complexifiée, mais les plateformes ont tout fait pour masquer cette complexité. N’importe qui peut créer un compte Instagram ou Facebook en quelques clics, même sans rien connaître à l’informatique et au web.

Le but des plateformes n’est pas de vous aider à apprendre, mais de vous forcer à consommer. Tout semble simple, vous vous prenez au jeu et vous tombez dans le piège.

Un cas concret : Pixelfed, l’alternative trop difficile ?

Lorsque j’ai parlé de Pixelfed, le réseau social de partage de photos fédéré, une alternative plus que crédible à Instagram, j’ai reçu de nombreux messages de lecteurs intéressés.

Le monopole de Meta est une préoccupation pour beaucoup. Mais la plupart se sont arrêtés là, car créer un compte sur Pixelfed est plus complexe que sur Instagram.

Il faut comprendre ce qu’est un réseau fédéré, choisir un serveur, accepter qu’il y ait plusieurs présentations possibles de votre profil, explorer les menus pour réaliser que vous avez un espace de stockage limité, accepter que tout ne soit pas aussi simple que sur les réseaux commerciaux.

Il faut aussi accepter de participer. Aucun algorithme ne vient vous proposer des comptes à suivre, des photos à aimer, c’est à vous de faire le travail de recherche.

Je ne compte plus les tentatives avortées chez mes lecteurs. Trop difficile. Pas assez assisté.

Comment combattre l’illettrisme numérique ?

Alors que nous savons tous lire, écrire et parler, beaucoup d’entre nous se retrouvent incapables d’utiliser un service web ou une plateforme alternative, faute d’apprentissage.

Un apprentissage que personne ne veut vous laisser acquérir, car il est bien plus simple de vous enfermer dans un environnement clos, contrôlé, dirigé.

Vous développez alors, sans toujours vous en rendre compte, une dépendance qui vous prive de tout contrôle.

Comment reprendre le contrôle ?

La première étape est de réaliser que le web actuel fonctionne ainsi.

Il faut ensuite accepter de faire des efforts. Accepter de chercher à comprendre le fonctionnement du service ou de l’application que vous voulez utiliser.

Reprendre le contrôle, c’est ne pas rester passif en attendant que l’information vous tombe toute cuite dans les mains. C’est votre curiosité qui doit dicter vos actions : explorer, découvrir, comprendre, apprendre.

Et partager, aussi. Sans quoi aucun savoir ne peut être diffusé.

Se réapproprier le web, c’est retrouver notre liberté. À nous de choisir : rester passifs ou redevenir des acteurs conscients du numérique.

2 réflexions au sujet de “C’est trop complexe… ou quand l’illettrisme numérique devient la norme”

  1. Je reçois déjà vos e-mail, que je lis assidûment tout les jours,et que j’apprécie énormément, j’apprends toujours un peu plus, à chaque fois, S.V.P. continuez à nous informer comme vous le faites si bien.
    Barbara Ontario

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