Le livre attendait sur mon bureau depuis trop longtemps. Je devais en faire la chronique à publier sur mon site photo. J’ai écrit des dizaines de chroniques depuis que je me prête à cet exercice, j’adore présenter des livres. Mais en préparant cette chronique, je me suis surtout rendu compte d’une chose : l’IA, en tant qu’assistant personnel censé me simplifier la vie, me la complique.

Je finis par me décider à écrire cette chronique. J’ai parcouru le livre, je sais quoi en penser et quoi raconter à mes lecteurs. Reste à écrire le texte et à faire un visuel.
Comme j’en ai l’habitude, j’ouvre Obsidian, crée une nouvelle note, lui applique mon modèle « template article NPN brouillon » (organisé, hein ?) puis je saisis au kilomètre ce que je veux raconter. Inutile de vous dire que le texte ainsi saisi est un joli mélange de phrases décousues, de coquilles et de fautes d’inattention. C’est le principe de mon écriture au kilomètre que de me laisser écrire, pour transcrire via le clavier toutes mes idées, avant de mettre le texte au propre.
Avant l’IA, je faisais cette mise au propre manuellement. C’était long, pas fascinant, mais nécessaire. Désormais, je transfère le texte brut dans l’IA qui me le renvoie mis en format et corrigé. Ma consigne est claire : « tu ne changes aucun mot ». J’ai progressé depuis la première version de ce process. Je peux ainsi disposer d’un texte lisible en quelques dizaines de secondes, quand il me fallait quelques dizaines de minutes avant.
Jusque-là, ça va. L’IA me fait gagner du temps. Mais c’est maintenant que ça se corse.
L’étape suivante consiste à me relire, à vérifier l’exactitude de mes propos, l’enchaînement logique des idées, et à mettre en avant les points importants pour mes lecteurs et les moteurs de recherche. Car oui, je formate mes articles pour le SEO (et le GEO désormais), sans quoi personne ne les voit. Les lecteurs qui passaient tous les jours sur un site n’existent plus de nos jours, ils sont sur les réseaux ou YouTube.
J’ai créé un prompt « SEO » ajusté au fil du temps pour demander à l’IA de m’indiquer ce que je dois ajouter à mon article afin qu’il soit SEO-friendly (et donc GEO-friendly aussi). Ce qui me prenait quelques minutes à ajuster auparavant, quelques mots-clés bien placés, un CTA adapté, un titre engageant, une meta description aussi, me prend désormais aussi longtemps que d’écrire l’article. Faute à l’IA.
En effet, l’IA me propose une liste longue comme le bras de contenus à ajouter, modifier, lister, y compris des éléments techniques dont tout le monde se moque et moi le premier. J’ai beau ajuster le prompt régulièrement, rien ne change. Plus l’IA évolue, plus elle me rend la tâche compliquée et rébarbative.
A titre d’exemple, pour une simple chronique de livre, en suivant les consignes de l’IA, je suis censé ajouter autant d’éléments de référencement que je n’ai écrit de texte pour mes lecteurs : résumé rapide, sommaire, FAQ, encarts explicatifs, rappels de date de publication et de mise à jour, métadonnées et autres blocs JSON, pour ne citer que ceux-là.
Au final, ce qui s’avérait un exercice simple et rapide est devenu une corvée. Mais le pire, c’est que le lecteur qui finit par tomber sur l’article n’en tire rien de plus que si j’avais écrit dans mon format « simple » historique.
Alors là, vous allez me demander pourquoi je m'embête à faire tout ça si « ça ne change rien pour le lecteur » ? La réponse est simple : si je ne le fais pas, mes articles ne seront pas mis en avant par les moteurs de recherche, et encore moins par les IA de recherche. Déjà qu’en le faisant, rien n’est garantit, faites le test : cherchez la présentation d’un livre sur la photographie en Islande, et si vous trouvez la mienne par l’un ou l’autre de ces outils, envoyez-moi la copie d’écran pour que j’accepte de le croire. Si vous ne l’avez pas trouvée, elle est ici.
Le constat est simple : l’IA me facilite la tâche lorsqu’il s’agit de savoir quoi ajouter dans un article pour bien le référencer, pour la simple et bonne raison qu’elle a complexifié la fonction de recherche. « Je te donne d’une main ce que je te reprends de l’autre ».
Je pourrais vivre avec, après tout, le web a évolué depuis que j’en ai fait mon gagne pain, et c’est mon problème que de vivre avec cette évolution. Mais depuis que j’utilise les outils IA pour créer mes contenus, je constate que la fatigue mentale est plus importante.
Lorsque je n’avais pas à prendre en compte toutes ces obligations, je ne publiais pas moins. Je le faisais plus lentement, et même si ce n’était pas toujours de la grande littérature, ça sortait. Aujourd’hui, alors que l’IA est censée m’aider, un simple article comme cette chronique de livre peut me prendre deux heures quand il m’en fallait une avant.
Alors depuis quelques jours, je m’interroge. Dois-je persister à optimiser mon process de création de contenu, quitte à rallonger encore mes délais ? Ou dois-je accepter d’en revenir à la création de contenus moins parfaits mais plus spontanés ? Dois-je supporter cette fatigue pour coller aux standards du moment ?
Je n’ai pas encore la réponse. Peut-être que la solution ne sera ni l’optimisation, ni le lâcher-prise. Peut-être que ce sera quelque chose qui se situera entre les deux. Quelque chose qui ressemble un peu moins à un process aux ordres de l’IA et un peu plus à une écriture naturelle et authentique.
Je ne peux toutefois pas me passer d’un bon référencement, même si ma newsletter me permet de partager auprès de mes lecteurs tout ce que je poste sur le site et qu’ils ne vont plus voir naturellement. Je dois penser aux autres, ceux qui ne veulent pas recevoir de newsletter, comme ceux qui ne me connaissent pas encore. Et surtout, je dois penser à moi, au plaisir sans cesse renouvelé que j’éprouve à publier, depuis 2004. Je ne veux pas que ce plaisir devienne une contrainte parce que l’IA l’a décidé pour moi.
En attendant de trouver la réponse à cette problématique, je vous incite à ne pas vous laisser dicter vos choix par l’IA, même si vous n’êtes que simple lecteur. Sans auteurs, l’IA n’aura rien d’autre à proposer que du contenu généré par elle-même, et c’est ce cercle vicieux qu’elle vous soumettra.
Bonjour
Je suis d’accord avec vous et n’étant pas du tout informaticienne ,aussi retraitée, je ne veux pas me créer des soucis avec un outil qui ne m’intéresse pas.Pour mon usage personnel,je peux m’en passer et ai bien d’autres soucis avec des réglages pour mettre à jour mon travail dans lightroom.J’y arriverai un jour…
Bonne continuation
Ingénieur de formation, dépanneur par goût, je vous lis par plaisir. Ce qui nous différencie: l’écriture: j’en ai horreur, J’ai eu plusieurs correcteurs orthographiques/syntaxiques/grammaticaux avant de me confronter à IA qui sans le dire se targue de devenir un correcteur d’idée… Quoi ce truc s’imagine avoir des idées???
J’ai donc évolué chez Digital (DEC en fait) dépannant les ordinateurs avec mon scope et des programme de bas niveau, oui c’était le temps ou une dizaine d’instructions en language machine suffisait pour lire le premier secteur d’un disque dur de 2,5 mega bites (RK05 un gros disque dur… https://www.youtube.com/watch?v=Laz-bG8eXYM ). Puis j’ai dépanné des VAX en utilisant VMS, l’OS, des alpha AXP en utilisant soit VMS soit Tru64…
Je me suis mis à la programmation si « datatrieve » est de la programmation pour commencer ce que je suis devenu avec Compaq puis HP, un quality agent, un gars qui modifiait les process plutôt que de les suivre.
Aujourd’hui, pensionné, retraité comme on dit en France, je me suis mis a Python et l’IA termine la plupart de mes ligne de code. C’est tout ce que cette « intelligence » est capable de faire. L’IA ne peut que REPRODUIRE ce que quelqu’un a déjà fait. l’ia, (pourquoi des majuscules) n’est qu’un algorithme d’apprentissage et de mise en forme le reste n’est que poudre aux yeux.
C’est comme en photo, une passion chez moi, qui repose sur une vision personnelle de ce qui m’entoure, que je ne partage pas pour ne pas prêter à moquerie… quoi, ce sapin de Noel décoré de bout de cartons, de vieux CD, illuminé par une guirlande de LED à moitié arraché par le vent serait beau parce que photographié le soir avec pour étoile au sommet la lumière d’un poteau d’éclairage public… moi j’aime… une IA aurait enlevé les fils peu visibles et aurait transformé ma vision en une image de carte postale.
Conclusion: je refuse de me fier à une IA, quand je cherche sur google, je sais comment ça marche et je donne ce qu’il faut, ni trop ni trop peu pour obtenir une réponse, pas la meilleure, mais une que je sélectionne pour qu’elle marche. Quand à l’IA, je l’utilise en sachant comment elle fonctionne pour obtenir qu’elle peaufine MA vision sans introduire la vision de tous le monde.