Un lecteur m’a envoyé un message en réaction à la Lettre Photo, ma newsletter quotidienne depuis septembre 2021. Voici l’essentiel de ce qu’il m‘écrit.
« Destinataire de « La lettre » depuis que vous avez créé ce nouveau moyen de communication, je la lis et la relis chaque semaine, avec toujours la même attention. J’ai à chaque fois le sentiment de découvrir l’expression de notes prises au fil d’un temps imprécis, regroupées en différents épisodes, indépendants les uns des autres, chacun ayant sa propre thématique. Avec néanmoins une constante : cette détermination à prendre des photos. Toujours et partout. Quel que soit l’outil.
J’apprécie cette lecture, cette découverte du cheminement de la pensée d’autrui. Mon impression d’ensemble est que vous éprouvez un besoin permanent d’écrire. D’écrire, d’une part, en capturant des images, en inscrivant de manière durable la lumière sur un support. D’écrire en retravaillant ces images a posteriori lors de leur phase de développement, tout comme un écrivain reprend ses écrits pour traduire au mieux le fil de sa pensée. Mais aussi d’écrire en alignant des mots. Les mots que vous saisissez sur votre ordinateur, comme on les couche sur le papier (et peut-être les écrivez-vous réellement avant de les re-saisir sur votre écran) participent, à mon sens, à votre besoin d’écrire, d’exprimer pour faire partager aux autres le fil de votre pensée. »

Je ne vais pas revenir sur l’intérêt de recevoir une lettre photo chaque jour. La newsletter est un média comme peut l’être mon site photo, ou ce blog. J’y partage mes pratiques, idées, découvertes et j’y parle de mes formations, au coeur de mon activité professionnelle.
Ce qui m’a touché dans ce message, c’est la dernière phrase, sur mon besoin d’écrire. Car c’est bien d’un besoin d’écrire dont il s’agit, plus que d’un simple besoin d’envoyer des informations par e-mail.
Ma pratique photo s’articule autour du territoire, des personnes qui y vivent et de la transformation de cet environnement avec le temps. Il s’agit pour moi de documenter, de raconter ce que je vois autour de chez moi aussi bien qu’à l’autre bout du monde. Lorsque j’ai décidé d’orienter ma photographie dans cette direction, j’ai très vite su que l’image n’y suffirait pas, que les mots seraient indispensables. Peut-être est-ce une réminiscence du slogan historique de Paris-Match, « Le poids des mots, le choc des photos », qui a marqué mon enfance ? Je ne sais pas, mais mes photos ne me suffisent pas à garder trace de ce que j’ai vu et vécu.
Lorsque je découvre un nouveau territoire, ou retourne dans un lieu que je connais bien, j’ai toujours ce besoin de compléter ma prise de vue par une prise de notes. Pourquoi me contenter d’écrire avec la lumière si je peux aussi le faire avec les mots ? Mon journal se remplit alors aussi vite que mes albums photos, de récits, d’anecdotes, d’illustrations, d’idées.
De ce journal, personnel, je tire parfois quelques articles illustrés, pour ce blog. Parmi les derniers en date, un week-end à Dieppe et un court séjour à Lisbonne. Je me replonge dans mes notes, mes photos, trie, choisis, écris, avant de regrouper images et mots en un billet que je rends public.
Est-ce le besoin de partager le fil de ma pensée ? Non. Si ce devait être le cas alors je partagerais l’intégralité de mon journal, ce qui n’est bien évidemment pas mon intention. De plus, tout ce qui me passe par la tête au quotidien ne mérite pas d’être ainsi partagé.
Si j’éprouve ce besoin d’écrire, c’est avant tout pour garder trace. Pour pouvoir me dire, aujourd’hui comme dans des années, que je suis capable de me souvenir de ce que j’ai vécu à un certain moment de ma vie. Pour qu’il reste un peu de moi, quelque part.
J’écris et je photographie d’abord pour moi. C’est une activité égoïste, et je la mènerais même si je ne tenais pas un blog et n’envoyais pas une newsletter quotidienne. C’est ce qui me fait me lever le matin pour taper sur un clavier, alors que je pourrais sortir marcher ou passer une heure à lire. C’est aussi le moyen d’avoir un retour sur ce que je fais, de savoir si cela a aidé quelqu’un.
Ce besoin de partage est la seule façon que j’ai trouvée de documenter la transformation. Celle du territoire, comme la mienne. Cette transformation qui m’a valu d’exercer différents métiers, dans différents domaines, sous différentes formes. C’est cet éternel besoin de transformation qui m’a fait, et continuera à me faire dans les prochaines années.
Cette transformation, que je traduis souvent par « si je n’avance pas, je recule », m’est essentielle. La stagnation ne m’intéresse pas. Aborder un nouveau sujet, chercher, fouiller, découvrir, en faire le tour avant de passer au suivant, ça m’intéresse. J’ai besoin de ce renouvellement, de cette exploration, je ne suis jamais satisfait, c’est ce qui me pousse à toujours vouloir faire mieux.
Alors oui, j’éprouve ce besoin permanent d’écrire. J’ai passé une bonne partie de ma vie à faire des photos car je ne sais pas assez bien écrire. Avant de réaliser qu’écrire est aussi essentiel pour moi que photographier. À ce stade de ma vie, ces deux activités se complètent, et quant à savoir si l’une prendra le pas sur l’autre, un jour, je n’en ai aucune idée. C’est cette inconnue qui m’anime.
1 réflexion au sujet de « Comment l’écriture s’est invitée dans ma photographie »