Avancer vers le passé, l’ère des plateformes est derrière nous, vraiment ?

Cal Newport fait partie des auteurs dont je consulte les écrits dans le cadre de ma curation de contenus hebdomadaire. Ce nom ne vous dit peut-être rien, pourtant Cal Newport est l’auteur du livre « Atomic habits« , un ouvrage vendu à plus de 10 millions d’exemplaires (dont le mien) et que je vous recommande.

L'ère des plate-formes, de la connexion à outrance, du micro-blogging est-elle derrière nous ? Quid de l'avenir ?
photo (C) JCDichant

Dans son sujet du jour Cal Newport citait l’interview de Neil Gaiman, un auteur que j’ai découvert au passage. Gaiman parle du web, de ses pratiques, des plateformes, des réseaux sociaux, des supports de publication dont les blogs, les newsletters et autres podcasts.

Gaiman a une vision radicale du web à venir, une époque post-plateformes comme il aime la décrire. Je cite :

« Mais c’est intéressant parce que les gens quittent (les médias sociaux). Vous savez, Twitter, c’est fini, ouais, Twitter, c’est fini, Twitter est… vous pouvez y planter une fourchette, c’est vraiment trop. Les nouveaux Twitter, comme Threads et Blue sky… rien ne va faire ce que ce truc faisait autrefois. Facebook fonctionne, mais pas vraiment. Je pense donc que l’ère des blogs peut revenir et que les gens viendront peut-être vous trouver et me trouver à nouveau. »

Neil Gaiman

Ce à quoi Cal Newport répond :

Entre 2012 et 2022, nous en sommes venus à croire que la structure naturelle de l’interaction en ligne consistait à ce que des milliards de personnes utilisent toutes le même petit nombre de plateformes sociales privées. Nous nous rendons de plus en plus compte aujourd’hui que c’est cette idée de centralisation elle-même qui n’était pas naturelle. L’architecture sous-jacente de l’internet fournit déjà une plateforme universelle sur laquelle n’importe qui peut parler à n’importe qui d’autre sur n’importe quel sujet. Nous n’avions pas besoin que toutes ces conversations soient consolidées dans les mêmes interfaces et gérées par les mêmes algorithmes.

Cal Newport

Autant vous dire que tout ça a fait tilt car je pense exactement la même chose. j’ai déjà parlé du retour possible des blogs (ici et ici), de la désaffection de plus en plus fréquente des plus jeunes ou de quelques politiques cherchant à se mettre en avant. Je persiste à penser que la grande période des réseaux sociaux est en effet derrière nous.

Ils ne vont pas disparaître pour autant, certains sont mainstream, mais comme tout ce qui est mainstream, ils n’attirent plus. Ils sont un support comme un autre, et non plus une plateforme émergente de mise en avant. Lorsque je poste une photo sur Instagram (le seul réseau sur lequel j’ai encore un semblant d’activité) je le fais pour finir le travail, pour ne pas me contenter de garder mon image pour moi. Peu m’importe que quelqu’un la voit ou non. Plus grand monde ne la voit d’ailleurs.

Le dilemme que cela pose toutefois est celui de la nécessité que nous avons, ou non, de fonctionner encore ainsi alors que la période n’est plus à la génération d’audience via les plateformes. A quoi peuvent-elles alors servir ?

Je prends un exemple : j’ai publié hier une série de photos faites lors d’un spectacle de danse. J’ai fait parvenir le lien aux danseurs, posté une Story sur Instagram pour en parler. Le sujet sur ce blog a reçu plus de 130 visites au moment où j’écris cette note, soit 12 heures après sa publication. Alors que j’ai 7.579 followers sur Instagram (parait-il), la Story a été vue 231 fois. Regardez le rapport de force. Un simple blog connu de personne, un sujet qui n’est même pas indexé par Google encore (le sera-t-il, je n’en ai aucune idée) a déjà fait plus de vues que ne l’a fait un compte social soi-disant bien fréquenté. Plus de vues, oui, car les 130 visiteurs ont vu mes photos, tandis que les 231 visionneurs de Story n’ont cliqué que 5 fois sur le lien.

La question que vous devez vous poser, c’est « Pourquoi rester sur Instagram alors ? ».

J’ai deux réponses à ce jour.

1. Je peux contacter quelqu’un sur ce réseau sans avoir ni les coordonnées de la personne, ni un contact commun pour faire transiter ma demande.

2. Je peux échanger avec une personne directement, c’est une de mes messageries privées (avec l’eMail, WhatsApp et Telegram).

Dit autrement Instagram n’est pas pour moi une plateforme de génération d’audience, c’est une messagerie privée.

Est-ce suffisant pour poursuivre l’aventure ? L’ère des plate-formes est-elle vraiment révolue ? Je ne sais pas vous répondre à ce jour. L’avenir nous le dira. Ce que je sais par contre, c’est que ce blog existe et qu’il est fait pour durer même s’il consiste à avancer vers le passé.

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