Qu’est-ce que le territoire ?

Dans le cadre de mon travail photographique sur le territoire, je m’interroge sur la notion même de territoire : qu’est-ce que le territoire ? Se différentie-t-il de la simple dimension géographique ? Englobe-t-il des critères complémentaires ? Différents ?

Comprendre ce dont il s’agit m’importe car photographier le territoire urbain dans lequel je vis, c’est aller au-delà du simple paysage pour m’intéresser aux lieux, à leur histoire, à leur évolution, aux gens (voir Quais de Seine – de Choisy le Roi à Ivry sur Seine, en passant par Alfortville et Vitry sur Seine par exemple).

Le territoire urbain à Vitry sur Seine
Vitry sur Seine – territoire urbain

J’affine petit à petit ma définition du territoire, je la mets à jour quand je découvre une nouvelle idée, notion.

Qu’est-ce que le territoire et qu’est-ce que je veux montrer au travers de mes photos :

J’ai toujours habité en ville, en province comme en région parisienne, et j’éprouve une attirance particulière pour le territoire urbain. J’aime comprendre comment il s’organise, comment les gens y vivent, qui ils sont, d’où ils viennent et ce qu’ils y font. Je m’intéresse à l’évolution de ce territoire avec le temps, l’évolution de la société et ses contraintes. Je m’efforce de porter un regard personnel sur ces zones urbaines qui m’entourent et de montrer ce que je ressens.

Je regroupe ici les textes qui m’aident à travailler sur cette notion de territoire.

Qu’est-ce que le territoire ? Ressources, références, citations

«[…] Le mot territoire est insistant, omniprésent dans le langage de l’art contemporain : il désigne une dimension individuelle et sociale de l’espace vécu, géographique et éthologique, qui est généralement opposé au paradigme de l’objet d’art. La dimension éthologique est de plus en plus souvent mise en avant ; elle rejoint l’image, très ancienne dans l’histoire de l’art et de la littérature, de l’araignée qui tisse sa toile. L’être humain rêve de sécréter son propre territoire. En même temps, cette notion de territoire peut être une facilité pour éviter de penser non seulement l’objet et la forme, mais aussi le lieu, le site, et l’espace imaginaire où se déploie l’activité artistique. »

La perception première du paysage est esthétique, cadrée, inscrite dans l’histoire de l’art, alors que le territoire renvoie à la réalité naturelle, géographique, habitée, travaillée.

Jean-François Chevrier

Il faut aussi garder à l’esprit l’idée d’appropriation, sans laquelle le territoire reste une entité abstraite, ou purement stratégique. Il faut toutefois préciser que cette appropriation n’est pas réductible à une dimension esthétique. L’appropriation esthétique, c’est la mise en boîte photographique, la négation de toute résistance du monde. Tout devient image, sans profondeur, sans épaisseur : on s'empare des choses sans les laisser vivre. Alors qu’il faut du temps pour qu’une expérience puisse se développer dans le monde.

Jean-François Chevrier

Mission photographique de la DATAR, 1984-1989 – la question du paysage

Extrait du site officiel de la Mission Photographique de la DATAR.

La Mission photographique de la DATAR s’intègre à un questionnement politique sur le territoire qui s’articule au début des années 1980 autour de la notion de paysage. Un mouvement de réflexion interdisciplinaire autour de cette notion émerge en Europe à partir de la fin des années 1970, quand l’euphorie du développement industriel et social des Trente Glorieuses laisse place à une préoccupation environnementale et une quête d’identité des territoires.

Le paysage devient le point de convergence et la traduction de l’ensemble de ces problématiques. Il rend visible, sensible, les changements et les conversions en cours, quand la carte, en proposant une schématisation des éléments du territoire hors de tout affect ne semble pas convenir à la figuration de ces transformations. Le paysage, en revanche, semble offrir des possibilités infiniment plus riches en proposant un point de vue spécifique, ancré dans l’espace comme dans le temps. Symptomatique du rapport de l’homme à son environnement, le paysage est alors considéré tout autant comme une pratique de l’espace que comme une construction culturelle.

Le projet de la Mission de la DATAR s’inscrit directement dans la lignée de ces réflexions sur le paysage en chargeant les photographes de rendre intelligible une expérience sensible tout en renouvelant la perception du territoire, en leur demandant explicitement de « recréer une culture du paysage » en France.

Au fil des clichés, les photographes de la Mission de la DATAR esquissent une représentation originale du territoire, héritière tout à la fois de l’esthétique documentaire des années 1930 et des travaux plus contemporains des photographes américains des New Topographics (1975). Centrés sur un paysage de l’ordinaire et du quotidien, certains revisitent les catégories classiques du genre (campagne, paysage de montagne ou bord de mer) quand d’autres orientent leur objectif vers les lieux-communs et les « non-lieux » (Marc Augé, 1992), ces lieux usés par le regard de l’habitude ou laissés à la marge de la représentation traditionnelle du territoire.

 

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