Septembre 2020, une soirée en famille à la campagne, dans l’Est.
Nous étions à table en milieu de soirée quand nous avons entendu passer plusieurs tracteurs.
Pire qu’un jour de manif’ à Paris.
Ma cousine nous dit : « Ça doit être l’ensilage du maïs. »
Moi : le quoi ??
Nous montons regarder depuis le grenier.
Surprise : les tracteurs s’arrêtent derrière la ferme voisine.
Ni une ni deux, j’attrape mon sac photo, nous sautons dans la voiture.
Un tracteur passe, benne vide. Nous lui collons aux basques sur le chemin.
Un autre arrive, nous suit, nous sommes cernés. Interdit de ralentir, sauf que je n’ai pas un 4×4, moi.
Un scénario digne des pires films hollywoodiens.
La poussière vole, dehors comme dedans.
Il fait sec depuis longtemps, et les chemins ne sont pas boueux.
Ce qui m’arrange, car je ne roule pas en tracteur.
Nous finissons notre route dans un champ, au milieu d’énormes tracteurs et de leurs immenses bennes.
Ils attendent leur tour pour faire le plein en suivant l’ensileuse.
Je n’en mène pas large. Ma voiture paraît ridiculement petite face à ces mastodontes, dans le noir.
Le premier qui ne la voit pas… et paf.
La situation est étonnante : une telle agitation à 23 heures, dans la nuit noire, en pleine campagne.







Et soudain…
L’ensileuse.
Bruit, poussière, maïs broyé projeté dans la benne, klaxon pour signaler que la benne est pleine, pour que la suivante prenne le relais.
Le bal mécanique de ces énormes engins ne s’arrêtera pas tant qu’il restera des bennes vides.




Les gens de l’Est ne sont pas ceux que l’on croit.
Froids en apparence, mais le cœur sur la main.
Ils nous proposent de faire un tour dans l’ensileuse dès qu’elle repassera.
Non ? Vraiment ?
Moi, le Parisien, je vais pouvoir grimper dans cette machine incroyable avec mon appareil photo ?
Je vous rappelle qu’il y a vingt minutes, on terminait l’apéro sans autre espoir que de dîner.
Par contre, problème : l’ensileuse n’est pas un bus RATP. Deux places seulement, en plus du conducteur.
Mes filles ont droit au premier voyage. Il se prolongera, car il y a pénurie de bennes.
Quelques longues minutes plus tard, c’est mon tour.
L’ensilage du maïs en pleine nuit est une expérience dingue.
Pas le temps de réfléchir aux réglages, c’est maintenant ou jamais.
J’avais fait quelques photos dans le champ, facile.
Mais à bord de l’ensileuse, c’est une autre histoire.
Ça bouge, ça saute, la poussière vole, je tente désespérément de tenir debout.
Il fait nuit noire.




Cette soirée n’était pas du tout prévue.
Elle aurait pu mal finir, avec le recul, si un tracteur était passé trop près dans le noir.
Mais quel bonheur de découvrir cette activité, de nuit, alors que je ne savais même pas qu’elle existait quelques heures plus tôt.
J’ai fait des centaines de photos sans même voir ce que je faisais parfois, tant ça secouait.
J’avais des étoiles plein les yeux.
Celles du ciel, lumineux en ce début septembre en Meuse.
Celles de cette séance photo aussi, imprévue, intense.
Une nouvelle fois, cette occasion unique m’a fait réaliser que la photographie, c’est aussi ça.
Savoir profiter de toutes les opportunités qui se présentent. Même l’ensilage du maïs en pleine nuit.
Quelles que soient les conditions, l’heure, la météo, le matériel.
La seule limite à votre photographie, c’est vous. Alors oubliez ce qui fâche, et foncez quand l’occasion se présente. La vie est trop courte pour la gâcher.
Une dernière chose … avant de partir, regardez mes photos de la côte Saint-Germain à Lion-devant-Dun.
On s’y croirait. Splendide. Manque juste le bruit de l’action. Et merci pour le texte conjoint qui s’y substitue.
Merci Philippe. La prochaine fois, je fais une vidéo pour le son alors !
Il est vrai que c’était impressionnant pour quelqu’un comme moi qui ne connaît pas ces engins agricoles. Incroyable.